Le comptage des varroas. Pourquoi? Quand? Comment?

Le suivi du niveau d’infestation de la ruche est nécessaire pour une utilisation optimale du VarroMed. Voir le billet sur le VarroMed

L’utilisation du VarroMed pour la lutte contre le varroa est associée à un suivi régulier de l’infestation des ruches afin de décider, à tout moment, d’effectuer un traitement si le taux de varroa dépasse le seuil tolérable.

Avec le VarroMed, il est conseillé de procéder à 3 traitements au cours de l’année :
  • printemps
  • été-automne
  • hiver

Les dates et le nombre de traitements, en particulier dans la période été-automne sont conditionnés par les résultats du comptage des varroas.

 


Pourquoi compter les varroas?

A quoi sert le comptage des varroas?

  • à estimer le niveau d’infestation afin d’optimiser le moment d’un traitement (comptage avant traitement)
  • à contrôler l’efficacité du traitement (comptage après traitement)
  • à comparer les mesures entre différentes colonies; est-ce que les résultats varient en fonction de la race d’abeilles, de l’âge de la reine, de la force de la colonie, etc.

Rappel sur l’impact du varroa sur les abeilles; action pathogène du Varroa destructor sur les abeilles:

  • Irritation
  • Sur le poids (10 à 18%) et sur l’espérance de vie,
  • Spoliatrice,
  • Sur les défenses immunitaires,
  • Sur la taille des glandes hypo pharyngiennes,
  • Mutilante,
  • Sur les faux-bourdons

 


Quand effectuer les comptages.

La recommandation générale du GDSA, indépendamment du type de traitement anti-varroa appliqué: 

  • Idéalement il faudrait faire un comptage mensuel, ce qui est impératif en élevage biologique. Mais pour le moins pendant la période critique où le dépistage est essentiel : début août.

 

Le traitement au VarroMed peut-être fait à n’importe quelle période. Il est alors conseillé de suivre régulièrement le niveau d’infestation des ruches pour décider de l’application d’un traitement dès qu’un certain seuil est atteint.

Au minimum:

  • faire un comptage après le traitement de printemps au VarroMed pour estimer l’infestation résiduelle
  • faire un comptage en début d’été pour déclencher le traitement d’été et décider du nombre d’applications du VarroMed (3 ou 5); faire un comptage après traitement
  • faire un comptage à l’automne pour contrôler le niveau du varroa

Recommandation: faire un comptage par mois environ, sur la période de mars à septembre, permet d’avoir un bon suivi de l’état de la ruche vis à vis du varroa, de détecter rapidement le dépassement d’un seuil d’infestation préjudiciable pour la ruche et de décider de l’application du traitement adapté. Faire un comptage de contrôle avant l'hiver.

 


Comment compter les varroas.

Plusieurs types de comptages du taux d’infestation sont possibles:

  • comptage des varroas phorétiques (qui sont « sur le dos » des abeilles).
  • comptage des varroas dans le couvain operculé; mesures dans le couvain mâle
  • comptage des chutes de varroas sur langes graissés

Le comptage des chutes de varroas sur langes peut-être fait tout au long de l’année, ce qui n’est pas le cas des deux autres méthodes. Par ailleurs, ce comptage est le moins intrusif vis à vis de l’essaim et il est très facile à mettre en oeuvre. Si cette solution peut parfois donner des résultats moins précis que les autres, elle nous paraît la mieux adaptée à « l’apiculture de loisirs ».

Compte tenu du nombre de ruches possédées en moyenne par membre d’Asapistra (moins de 6, et beaucoup de membres ont 3 ruches ou moins), il est recommandé d’effectuer le comptage sur toutes vos ruches.

Si vous possédez un grand nombre de ruches, il faut contrôler au moins 10% de votre parc.

 

Pour en savoir plus sur les différentes techniques de comptage :  MÉTHODES D’ÉVALUATION DE L’INFESTATION PAR VARROA DESTRUCTOR

Chambre d'agriculture d'Alsace : Fiche Technique APICULTURE – 2016 - N°2 - Évaluer l’infestation Varroa d’une colonie


Comptage de la chute naturelle des varroas sur langes graissés.

L’objectif est d’estimer le nombre de varroas qui « tombent » quotidiennement.

Pour donner un ordre de grandeur, 1 varroa « tombé » par jour = 100 varroas dans la ruche. C’est juste un ordre de grandeur, car le nombre varroas qui « tombent » par rapport au nombre total réel de varroas dépend de plusieurs facteurs (voir plus bas).

Pratiquement toutes les ruches utilisées aujourd'hui sont munies d’un fond grillagé qui laisse tomber sur le sol les déchets de la ruche (dont les varroas). Un plancher amovible est fourni qui permet de les recueillir. Sur le plancher amovible de la ruche on place un papier, un carton ou un plastique enduit de graisse (pour que les varroas s’y collent). On insère le plancher sous le fond grillagé. Le dispositif est en place.

 

Pendant combien de temps faut-il laisser le plancher sous la ruche? Il y a des avis différents, et on peut trouver des recommandations qui vont de 3 jours à un mois…

Je fais part ici de notre expérience au Fort Ducrot, où nous menons des comptages systématiques de varroa. Les observations et les recommandations faites peuvent tout à fait être discutées.

Laisser le plancher pendant 7 jours nous semble une bonne mesure. Évidemment, quand le plancher est installé, la circulation d’air dans la ruche est réduite. Quand il fait très chaud, la ruche est moins ventilée naturellement, c’est donc plus de travail pour les abeilles. Quand il fait plus froid et humide, l’humidité au sein de la ruche a plus de mal à se résorber et demande éventuellement plus de travail aux abeilles. Dans ces conditions, laisser le plancher pendant une trop longue période ne nous semble pas souhaitable.

A l’autre extrême, pour avoir une mesure qui ait un sens avec un échantillonnage pertinent, il faudrait laisser le plancher au minimum 3 jours, voire 5 jours.

Ce qui a été fait au Fort Ducrot; laissé au choix de l’apiculteur:

  • 3 jours pour une mesure rapide, quand il fait très chaud ou très humide
  • 5 jours quand il fait moyennement chaud ou humide
  • 7 jours pour une mesure plus fiable

 

 

Comptage des varroas.

On retire le plancher amovible et avec de bons yeux (une loupe peut aider pour les premières fois afin de bien distinguer les varroas des autres déchets) on compte le nombre de varroas tombés. On divise le nombre de varroas par le nombre de jours pendant lequel le plancher a été installé sous la ruche, et on obtient le fameux nombre de varroas « tombés » par jour.

Interprétation du nombre de varroas « tombés » par jour, les seuils qui déterminent le niveau de l'infestation

 

Quels sont les paramètres qui ont une influence sur le rapport entre le nombre de varroas « tombés » et le nombre total de varroas dans la ruche?

Tout d’abord, la taille du fond grillagé. Certaines ruches ont un fond grillagé qui ne couvre pas la totalité de la surface du fond de la ruche. Dans ce cas, si par exemple seulement 2/3 de la surface  du fond est grillagé, il faudrait multiplier le nombre de varroas mesurés par 1,5. Si on ne fait pas de correction, on risque de sous-estimer le nombre de varroas "tombés".

Le comptage des varroas tombés ne concerne pas ceux qui sont dans le couvain, mais seulement ceux sur les abeilles (phorétiques). Quand il y a beaucoup de couvain, on risque de sous estimer le nombre total de varroas.

Le taux de chute des varroas dépend également de la saison. En hiver, la chute est plus lente. On risque de sous estimer le nombre total de varroas là aussi.

Il faut donc interpréter les résultats avec discernement en fonction du moment où est réalisé le comptage (saison, état physiologique ou sanitaire de la ruche). Dans les périodes où le couvain est moins important (automne – hiver) le comptage par chute naturelle est plus représentatif donc plus fiable du niveau d’infestation de la colonie. La fréquence des chutes de varroas est variable en fonction de la saison : en hivers lorsque la grappe est plus serrée, la chute des parasites est plus lente.

 

L'interprétation des résultats.

On peut en rester à l’ordre de grandeur 1 varroa tombé = 100 varroas dans la ruche.

L’analyse, pour chaque ruche, de l’évolution du nombre de varroas « tombés » dans le temps est presque plus importante que l'estimation du nombre total de varroas dans la ruche. Elle permet de suivre ce qui se passe, d'anticiper le dépassement de seuils indiqués plus haut, de décider des traitements à appliquer et de vérifier l’effet de ces traitements.

 

 

Illustrations:

  1. une feuille de papier (avec un quadrillage, c'est plus facile pour compter) est collée sur le plancher.
  2. la feuille est enduite (graisse, huile, etc.).
  3. le plancher est introduit dans la ruche.
  4. après retrait du plancher, le comptage. 2 varroas sur cette photo.

 

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